Mon petit dictionnaire illustré de l’Islande : Lettre T, de Thingeyri à la Tröllaskagi


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THINGEYRI

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Voir aussi à Sandafell.

S’écrit Þingeyri en Islandais (ayant déjà toutes les difficultés du monde à boucler mon alphabet avec nos bonnes vieilles lettres, je ne vais tout de même pas y ajouter les spécificités islandaises ! :)). Charmant petit port des Vestfirðir, blotti au pied de la Sandafell, sur la rive méridionale du Dýrafjörður. La tranquillité de l’endroit et sa position idéale pour les activités halieutiques attirèrent ici les premiers sédentaires de la région. Continuellement habité depuis la fin du XVIIIème siècle, le petit port devint au cours du siècle suivant un centre de pêche important. Il servit également de base aux pêcheurs étrangers s’aventurant dans la région en quête de flétan. Un petit cimetière de pêcheurs franco-belge situé non loin de là, dans la vallée de Haukadalur, nous rappelle d’ailleurs ce passé cosmopolite. Réhabilité en 2014 par de jeunes travailleurs volontaires, espérons qu’il offre le repos éternel à ces valeureux marins morts si loin de leur patrie…

Thingeyri, Islande

Le petit port de Thingeyri depuis la Sandafell

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THINGVELLIR

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Même punition que pour Þingeyri, s’écrit Þingvellir. Signifiant les plaines du parlement, l’endroit est incontestablement le joyau du patrimoine historique islandais. En effet, c’est ici que naquit l’état libre islandais en 930 ! A cette époque, l’île se peuple depuis une cinquantaine d’années. Venus d’Ecosse, d’Irlande et de Norvège, les premiers colons forment ici et là des clans aux mœurs aussi diverses et variées que leurs origines. Afin de fédérer ces tribus grandissantes, régler les conflits naissants et édicter des lois communes à tous, les chefs décident communément d’établir une assemblée, l’Alþing. Considéré avec le Tynwald de l’île de Man et le Løgting des îles Féroé comme l’un des plus vieux parlements au monde, il siégea ainsi annuellement jusqu’en 1262, date à laquelle les principaux goðar (chefs de clan) signent le Vieux Pacte (Gamli sáttmáli) en prêtant allégeance au roi de Norvège, Haakon IV. En contrepartie, la Norvège leur garantit des échanges commerciaux réguliers ainsi que sa protection et le maintien de l’ordre social. Dès lors, les grandes assemblées de jadis vont peu à peu perdre de leur aura, le pouvoir exécutif, judiciaire et organisationnel étant désormais sous le joug norvégien, puis danois. Bien que quelques lois et jugements y furent encore dictés pendant les siècles qui suivirent, il en était fini des grands rassemblements quinze jours durant, où marchands, brasseurs et clowns animaient fêtes et concours sportifs. Toutefois, même si les alentours du lac Þingvallavatn perdirent progressivement de leur importance, l’endroit n’en resta pas moins très cher au cœur des Islandais. Avec cette histoire médiévale hors du commun et une histoire géologique tout aussi captivante (Þingeyri est un fossé d’effondrement à la divergence des plaques lithosphériques eurasienne et nord-américaine), l’endroit devint bien naturellement le premier parc national islandais en 1930.

thingvallavatn, thingvallakirkja, Islande

Le lac Þingvallavatn et la Þingvallakirkja

Vaste plaine entourée de cratères, recouverte de champs de lave, balafrée de profondes failles basaltiques, ponctuée de belles forêts de bouleaux nains et fendue en deux par la rivière Öxará se perdant dans l’immense lac Þingvallavatn… L’endroit n’est certes pas le plus impressionnant d’Islande mais il dégage un je ne sais quoi de paisible et captivant, fascinant même. Un endroit où l’on se prend à rêver d’Islande des temps anciens, faite de valeureux goðar qui, une fois l’an, traversaient les déserts et torrents impétueux, défiaient glaciers et tempêtes pour forger ce modèle de démocratie avant-gardiste dont on gagnerait encore à s’en inspirer aujourd’hui, l’Alþing…

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TRAQUET MOTTEUX

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Bien que j’ai rarement eu l’occasion de le croiser là-haut, je ne pouvais faire l’impasse sur cet oiseau que j’affectionne particulièrement. Le traquet motteux (Northern Wheatear, Oenanthe oenanthe) est un nicheur commun en Islande. Nichant aussi bien dans les rochers, la végétation rase, au sommet des falaises ou dans les dunes, cet infatigable migrateur se reproduit à peu près partout en Islande, enfin partout où il trouvera suffisamment d’invertébrés pour nourrir sa progéniture. A noter que c’est la sous-espèce Oenanthe oenanthe leucorhoa qui est nicheuse sur l’île, de même qu’aux îles Féroé, sur Jan Mayen, au Nord-est du Canada et… au Groenland, d’où son surnom de traquet du Groenland. Assez proche physiquement du Oenanthe^3 de chez nous, il est cependant un peu plus grand et plus coloré avec une poitrine tirant clairement sur le chamois rosé ou l’orangé.

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Traquet motteux (Northern Wheatear, Oenanthe oenanthe)

Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient en savoir plus sur ce magnifique oiseau, je vous invite à découvrir les tribulations de Bistrak-aod, le voyageur au long cours 😉 .

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TRÖLLASKAGI

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Voir aussi à Dalvík, Ólafsfjarðargöng, Ólafsfjarðarvegur.

Vaste péninsule de près de 2000 km2 située tout au Nord de l’Islande. Très montagneuse, l’intérieur des terres y est très peu habité. Pas étonnant dès lors qu’elle soit le repère de trolls et autres elfes… De nombreux sommets dépassent ici les 1000 mètres. Le point culminant, le Kerling, atteint même les 1538 mètres ce qui en fait le point le plus élevé d’Islande en dehors des hauts plateaux centraux. Très souvent enneigés même en été, les sommets demeurent difficiles d’accès et les rares routes qui s’aventurent à l’intérieur de la péninsule sont fréquemment impraticables jusqu’en juillet.

Trollaskagi, trolls, Islande, paysage

Et au milieu coule une rivière… Ólafsfjarðarvegur, Tröllaskagi

La côte est quant à elle entaillée de somptueux fjords où s’étirent de charmants petits ports… Cerise sur le gâteau, les rares habitants y sont d’une gentillesse sans égal. En bref, un point coin de paradis où il fait bon flâner et s’émerveiller face à cette Magie islandaise avec un grand M…

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paysage, Islande, fleurs, fjord

Champs de lupins bleus d’Alaska (Lupinus nootkatensis) sur les rives de l’Eyjafjörður, Tröllaskagi

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Bon été à tous et à bientôt pour la lettre U 😉 .

22 réflexions sur “Mon petit dictionnaire illustré de l’Islande : Lettre T, de Thingeyri à la Tröllaskagi

  1. La couleur du lupin qui tranche avec le reste du paysage est absolument fantastique ! J’aime beaucoup !

    Pour le « U », tu n’auras certainement pas grand chose à mettre. Tu pourrais presque faire toutes les dernières lettres en 1 ou 2 articles. Courage, tu es presque tiré d’affaire ! 🙂

  2. O_O OMG ! La photo des champs de lupin est sublimissime !!! Merci Sébastien pour ce récit de voyage partagé sous forme d’alphabet qui me procure des frissons à chaque fois ! C’est tellement tellement beau !
    Allez, lâches pas, plus que 6 lettres ! ;-p

    • Salut Céline,

      Un grand merci pour tes compliments et tes encouragements, c’est super sympa 🙂 Je commence à entrevoir le bout du tunnel en effet, tu sais l’Ólafsfjarðargöng, celui à une voie mais à double sens qui te stressait rien qu’à l’idée de l’emprunter 🙂 J’espère juste ne pas croiser un gros semi dans l’autre sens, histoire que vous n’attendiez pas trop trop longtemps !!! 😉
      A bientôt
      Seb

      • Hahaha, j’aime ta métaphore !! 😀
        Prends le temps qu’il faudra pour le traverser ce tunnel va, l’important est que tu en sortes sain et sauf ! ;-P
        À bientôt !

  3. Salut Seb,

    Wow! Les lupins, les montagnes et l’eau! Merci pour l’histoire intéressante de Þingvellir. Les photos font rêver. Elles me font penser un peu à la côte ouest de Terre-Neuve. Il a l’air d’un petit t’ange le Traquet Motteux dans la brume :-). Les couleurs me manquait dans la vidéo… mais toujours intéressant comment le blanc et noir change l’impréssion des choses… les nuages sont plus atmosphériques et plus en évidence… l’eau se discerne par sa texture… et les différentes parties du paysage se distinguent surtout par leurs formes.

    Bonne semaine 🙂

    Myriam

    • Merci beaucoup Myriam, c’est super gentil 🙂 Pour les couleurs dans la vidéo, j’ai longuement hésité… et puis je me suis dit, quoi de mieux pour une ode à la couleur que de l’estomper de temps en temps 🙂 Et le noir et blanc a quelque chose de captivant, on y voit les choses différemment comme tu le dis si bien. On y perd certes la chaleur de ce magnifique coucher de soleil mais on met l’accent sur le reste, de temps en temps j’aime bien. Après, c’est vrai que j’ai la chance d’avoir les deux variantes 😉
      Bon week-end à toi !
      Amitiés
      Seb

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